" Brigitte Engerer "
la plus russe des pianistes françaises vient de nous quitter.
Passionnée et généreuse, elle s'en est allée ce samedi 23 Juin à l'âge de 59 ans, victime d'un cancer qu'elle aura combattu de la plus élégante façon en jouant jusque dans les derniers jours de la maladie.
Elle avait donné son dernier concert il y a quelques jours.
Née le 27 octobre 1952 à Tunis, elle avait commencé en s'enfermant dans la salle de bains pour jouer sur un piano jouet. Forte de son premier prix au Conservatoire de Paris, obtenu à l'unanimité dans la classe de Lucette Descaves, à l'âge de 15 ans, et d'un prix au concours Long-Thibaud, deux ans plus tard, elle avait choisi d'aller se perfectionner au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, auprès du grand pédagogue Stanislas Neuhaus. Elle était alors devenue la plus russe des pianistes françaises, faisant la synthèse entre ces deux écoles que tout opposait.
Passionnée de musique de chambre, qu'elle pratiquait avec ses amis l'altiste Gérard Caussé, le violoniste Olivier Charlier ou le violoncelliste Henri Demarquette, elle était une habituée des Folles Journées de Nantes.
Brigitte Engerer enseignait au Conservatoire national supérieur de Paris depuis 1994. Selon son entourage, elle était profondément généreuse, "à l'écoute des autres, des jeunes, des autres talents dont elle s'imprégnait".
Très cultivée, passionnée de littérature, tout particulièrement russe, la pianiste parlait plusieurs langues étrangères. Elle a été mariée à l'écrivain français Yann Queffélec et avait une fille de 27 ans et un fils de 18 ans.
L'artiste et la femme étaient d'une telle générosité, d'une telle passion, d'une telle gentillesse aussi - vertu nullement galvaudée à nos yeux - que le public ne s'y était pas trompé: elle était une des musiciennes classiques les plus populaires, amour durable et jamais démenti. On avait déjà tremblé pour elle lors de la première apparition, il y a six ans, d'un cancer dont on croyait bien qu'elle l'avait vaincu, reprenant sa carrière avec la même intensité. Mais c'était apparemment reculer pour mieux sauter, et son état s'était spectaculairement dégradé ces dernières semaines.
Le 12 juin dernier, elle avait tenu à jouer le Concerto de Schumann puis le mouvement lent du Deuxième de Chopin avec l'Orchestre de chambre de Paris, au Théâtre des Champs-Élysées: s'appuyant sur une canne, elle avait quitté la scène à grand-peine et la salle, bouleversée, avait bien senti qu'il s'agissait d'un adieu. Sans pathos, avec le sourire, faisant signe à ce public qui la suivait depuis ses premiers succès voici trente ans, lorsque Herbert von Karajan lui avait donné sa chance à la Philharmonie de Berlin.
"Ce soir-là, jamais un piano n'a autant chanté", a commenté le violoncelliste Henri Demarquette, ami et compagnon de travail de Brigitte Engerer. Pour lui, "elle était parvenue à une complétude totale d'artiste et ne jouait pas une note qui ne soit de l'amour".
Le président français François HOLLANDE a fait part de sa "tristesse" dans un communiqué et salué "le talent" de Brigitte Engerer, qui "avait su faire honneur à la France".
Selon lui, "chacun gardera aussi d'elle le souvenir d'un grand courage personnel" en "luttant contre la maladie qui vient de l'emporter".
GRAND MERCI POUR TOUT LE BONHEUR MUSICAL QUE VOUS NOUS AVEZ DONNE ET QUE VOUS NOUS LAISSEZ.